Obligation scolaire : le paradoxe du burnout scolaire
Un paradoxe injuste

Lorsqu'un adulte est en burnout, il peut obtenir un arrêt de travail, il peut se reposer et bénéficier d'un accompagnement adapté.
Mais lorsque c'est un adolescent en burnout, on lui impose souvent de continuer à aller à l'école, comme si le simple fait d'être jeune lui intedisait d'être totalement épuisé.
Ce décalage entre le traitement du burnout adulte et du burnout adolescent soulève une question essentielle : pourquoi refuse-t-on aux adolescents le droit au repos, le droit à la récupération, alors qu'ils sont soumis aux mêmes mécanismes d'épuisement ?
On parle de "refus scolaire anxieux" pour les adolescents, minimisant ainsi la gravité de leur état, alors qu'on ne parle jamais de "refus du travail anxieux" pour les adultes. Cette différence de traitement est flagrante : l'adulte en burnout est reconnu, l'adolescent est souvent ignoré. On refuse aux jeunes, soumis à une pression scolaire et sociale intense, le droit au repos et à la récupération.
L'école, une contrainte non négociable
Les socles du système scolaire actuel sont la scolarité obligatoire et la présence exigée.
Contrairement au monde du travail — où un arrêt maladie est accepté et encadré — un ado en burnout se retrouve souvent face à des injonctions contradictoires :
- « Il faut qu'il aille à l'école, sinon il va écrocher »
- « S'il reste à la maison, il va perdre le rythme et s'isoler »
- « Il doit apprendre à gérer ses émotions, à gérer son stress et ne pas fuir ses responsabilités »
Ces arguments ne tiennent pourtant pas compte d'une réalité biologique et psychologique essentielle : un cerveau épuisé ne peut pas apprendre. L'obligation scolaire, pensée comme un cadre structurant, est un facteur aggravant du mauvais état mental du jeune : il renforce les sentiments d'impuissance et de détresse que ressent l'adolescent.
Certains se verront octroyer un certificat d'absence pour trois semaines. Le sésame pour un vrai repos et espérer recharger assez ses batteries pour repartir du bon pied.
Mais ce sésame à un prix : rattraper les cours est tout aussi épuisant que de continuer à aller en cours en étant épuisé.
Qu'ils soient au collège ou au lycée, c'est le contrôle continu qui pose problème. S'ils ratent trois semaines de cours, ils doivent rattraper les évaluations pour assurer le contrôle continu qui compte pour le brevet et le bac. Nombreux sont les jeunes qui ne préfèrent pas rester à la maison pour ces raisons, bien qu'ils sachent qu'ils sont incapables de faire autrement.
Les effets du burnout sur l'adolescent : une souffrance invisible

Le burnout adolescent ne se manifeste pas de la même façon que chez l'adulte. Chez le jeune atypique (HPI, TSA, TDAH, hypersensible, Dys…) les signes sont souvent mal interprétés :
- Le repli sur soi et la perte de motivation sont qualifiés de fainéantise
- L'irritabilité et les colères sont assimilées à la crise d'adolescence
- L'hypersensibilité émotionnelle est vue comme un caprice
- Une incapacité à se lever pour aller en cours est assimilée à un manque de volonté ou un refus de faire des efforts
Le manque de reconnaissance systématique de leur souffrance pousse de nombreux adolescents à l'effondrement profond.
Beaucoup finissent en burnout scolaire (phobie scolaire) ou en dépression aggravée faute d'avoir été écoutés et accompagnés correctement, en respectant leurs besoins propres.
"Parfois, les choses les plus productives que vous puissiez faire
sont de vous reposer"
Mark Black
Les solutions existent, mais rarement appliquées
Faca à cette injustice, des solutions existent pour que les adolescents en burnout récupèrent sans pour autant compromettre leur avenir scolaire :
-
Le droit au repos adapté :
comme pour un adulte en arrêt maladie, un ado en burnout devrait pouvoir bénéficier d'un temps de repos sans la pression scolaire, suivie d'un retour progressif adapté. -
Des alternatives pédagogiques flexibles :
l'apprentissage ne doit pas être figé. Des dispositifs comme la scolarité allégée, les cours à distance, ou le tutorat individualisé permettent de maintenir une connexion avec l'école, sans épuiser l'adolescent. -
Un accompagnement psychoéducatif et thérapeutique :
Au lieu de forcer un adolescent épuisé à "tenir bon", il est essentiel de lui fournir des outils concrets pour comprendre son état identifier ses besoins et reconstruire son équilibre.
Changer de regard : de l'obligation à l'adaptation
Il est temps de cesser de considérer l'école comme une obligation absolue et de la penser comme un lieu d'apprentissage modulable, en fonction des besoins de chaque
élève.
Un adolescent en burnout ne choisit pas d'être en difficulté. Lui imposer une normalité qu'il est incapable d'atteindre ne fait que renforcer son mal-être.
Loin d'être un abandon ou un privilège, l'adaptation scolaire est une nécessité pour éviter que ces jeunes ne s'effondrent totalement. Les adultes en burnout ont le droit
de se reposer, de se reconstruire et, souvent, à l'améngement de leur charge de travail.
Pourquoi refuse-t-on ce droit aux ados ?
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Abolivier (dimanche, 02 mars 2025 10:26)
Bonjour Mme Coisy,
Tout est dit dans votre article !
Il faut que les choses bougent pour que nos ados puissent vivre sereinement…
Bon week-end